guillemette loyez
© OpenFace 2015

J’ai longtemps hésité avant de me dire que actuellement mon meilleur portrait,
c’est moi en vrai, IRL.
Alors, parce que la distance nous sépare peut-être, que le temps nous manque,
j’ai décidé de te proposer
un portrait qui m’enchante par sa justesse et sa belle écriture.

Experte en personal branding, passionnée par le coworking, Guillemette Loyez est une directrice de projets humaniste. Storyt’elles a rencontré cette shiva des réseaux.

Son sourire plisse ses yeux rieurs et hausse ses pommettes slaves. Sa bienveillance en pack de douze recèle des bulles d’intelligences. Intelligences au pluriel car cette business woman a des outils dans sa besace de randonneuse. A la fois littéraire et technicienne, parisienne et provinciale, indépendante et ultra sociable, cartésienne et créatrice. Autant d’apparents paradoxes dont elle opère la synthèse avec une facilité et une grâce déconcertante.

Parisienne nourrie au care

Guillemette naît dans la plus belle ville du monde. De sa maman secrétaire médicale dans un hôpital près de la Bastille, elle hérite du souci d’aider les autres.

Son père ingénieur lui transmet son esprit d’entreprise et la quête patiente de solutions. Entomologiste par passion, il lui lègue également l’amour de la nature, des expéditions romanesques et… du classement !

« Nous passions chaque vacances à la recherche du papillon rare. Je me souviens notamment d’étés à marcher, marcher encore… Aujourd’hui, cette quête apparaît pleine de charmes mais à l’adolescence, ça m’ennuyait profondément !  » lâche-t-elle avec malice.

Pour autant, Guillemette s’est adaptée depuis à de nombreux écosystèmes. De cette enfance à arpenter la France et la Navarre, elle retire une grande débrouillardise, le goût du sport et des randonnées ; et une insatiable curiosité.

Lettres et l’avoir

Sa scolarité s’écoule tranquillement sans vocation spécifique. Epingler les insectes pourquoi pas mais elle, ne goûte guère les étiquettes…« Je n’ai jamais apprécié être définie par un métier, comme on le fait souvent en France. Nous sommes définis par ce que l’on est, pas uniquement par son travail !  » estime-t-elle.

Après le bac, littérature à La Sorbonne. « Ces lieux étaient magiques mais la fac n’était pas pour moi ». Elle conserve cependant de bons souvenirs des cours de latin – « idéal pour la rigueur et l’histoire de la langue » – et d’un travail shakespearien sur le « Songe d’une nuit d’été ».

Ne voyant pas où la mènent les lettres, ayant besoin d’une voie concrète, Guillemette quitte les bancs sorbonniens pour un DUT Documentaliste d’entreprise ; où enfin elle « s’éclate ». « Le plus génial c’était la gestion des bases de données qui touchait plein de domaines. J’ai tout de suite adoré l’orchestration physique des données, adhérant complètement à la vision modulaire et la vision d’ensemble. Et nous étions dix fois moins nombreux et avec un cadre. Juste ce qu’il me fallait ! »

Connexions techniques, connexions humaines

Son DUT en poche, stage à Météo France où elle s’immerge dans la photothèque : « un véritable voyage dans l’espace »… Guillemette enchaîne ensuite CDD et missions. « Avec cette même passion envers les enjeux de l’accès, du partage et de l’interprétation de l’information ».

Pour la langue anglaise, apprendre encore et voir du pays, elle suit un cycle en Documentation et Marketing à Newcastle. Expérience fructueuse : en sortie de cursus, Guillemette a le choix entre plusieurs jobs !

Elle sélectionne le CNES (Centre national d’études spatiales) – encore un lien avec l’espace – avant de rejoindre une entreprise lyonnaise où elle s’installe pendant 4 ans.

Retour à Paris en 2007 où elle met ses talents au service d’un groupe leader européen du chauffage-sanitaire. Chef de projet web, elle accède à de nombreux projets liés à la stratégie commerciale et digitale du Groupe. Ultra adaptable, douée pour faire exprimer les besoins, elle jongle alors avec les problématiques, les fonctions et les logiciels.

La cause des femmes

Confrontée au « plafond de verre » et la difficulté partagée par beaucoup de femmes d’équilibrer vie professionnelle et personnelle, Guillemette quitte Paris avec son mari et ses deux enfants pour le vert de Mennecy (91), s’installe un vaste bureau indépendant dans sa maison et fonde Guillenet Solutions en 2012. Objet : accompagner, conseiller et former les entrepreneur.e.s aux réseaux sociaux professionnels.

« Je ne me suis pas dit un jour « je vais entreprendre » ; me suis demandée « comment voir mes enfants grandir en faisant ce que j’aime : mettre mes compétences au service des autres. »

Parmi ses premiers clients : une entreprise chez qui elle postule, mais dont elle décline finalement la proposition ; et qui finit par la rappeler : ne trouvant pas de talent équivalent, ils la missionnent en télétravail. Voilà qui fait plaisir et lui donne une autre idée : accueillir dans son bureau si chaleureux, ponctué de son identité visuelle tonique, des coworkers qui, comme elle, ont besoin de se décloisonner.

La réussite est au rendez-vous. Mais Guillemette ne se satisfait pas d’un succès égocentré. Elle veut aider les femmes à réussir ; intègre donc différents réseaux dont les dynamiques Mampreneurs essonniennes puis co-créée en 2015 l’association « Elles réussissent ». Association qu’elle préside durant un an aux côtés de trois autres entrepreneures ancrées dans le tissu local. Première action d’envergure avec ce salon du 8 mars 2016, organisé à Soisy-sur-Seine lors de la journée de la femme ; et qui reçoit un formidable accueil des visiteuses, des exposantes, de la presse et des élus.

« Pourquoi les femmes ? », lui demande-t-on souvent.

« Car dès qu’elles deviennent maman – notamment – elles sont confrontées à des problèmes de choix inconnus des hommes ; ou des discours culpabilisateurs type « Tiens, tu prends ton après-midi ? » quand elles quittent leur job à 17h pour aller chercher les enfants à la garderie. Ce n’est pas acceptable. »  

Nouveaux horizons

Guillemette, comme les chats, a plusieurs vies. Depuis mai 2016, elle a effectivement quitté l’Essonne pour aller plus au sud encore, direction le Beaujolais Vert, une région qu’elle arpentait au début de sa vie professionnelle en allant y courir des trails. Son nouveau titre : Couteau suisse !

Sa mission : animer – du café au réseautage en passant par la mise à disposition d’espaces – La Cordée, espace partagé qui vient d’ouvrir ses portes à Lamure-sur-Azergues. Les chanceux qui la fréquentent, dans ce refuge de 800 entrepreneurs, vont profiter de son expérience, sa joie de vivre, son enthousiasme et son incontestable leadership.

Indépendante dans l’âme, elle continue cependant de développer son propre business. Sa raison d’être : « connecting people et building community ». « Il n’y a que l’anglais pour décrire certains métiers« , explique-t-elle. Son idée : être ambassadrice, utiliser les réseaux pour faire connaître et réussir les personnes. Quand on sait que Guillemette vient du germain will, « volonté », et helm, « protection », on comprend ce parcours fort de cohérences. Hasard ou évidence ?

Comme elle le dit elle-même, citant Eluard, « il n’y a pas de hasard, il y a des rendez-vous ».

Portrait-interview réalisé par Carole Galland – Storyt’elles – Juin 2016