Alexandra, on ne se connaîtra jamais, tu as vécu dans un autre siècle, mais je t’adresse toute ma gratitude.
Oui pleine et entière.

Il n’est jamais trop tard pour devenir ce que l’on aurait pû être.
Georg Eliot, cité par les
Entrepreneurs Evolutionnaires

Cette phrase résonne particulièrement bien ce matin, joyeusement même alors qu’hier, j’ai tout plaqué.
Je devais prendre la route pour Mâcon, puis le train pour Paris.

J’ai fait des tours et des détours et suis arrivée à Digne-les-Bains 4 minutes avant le début de la visite pour laquelle il est recommandé d’arriver 15 min avant.
Un panneau indiquait Visite Complète.
« Oh non me suis-je dit… je n’ai pas fait 4h de voiture pour ne pas pouvoir la visiter cette maison ! »

Et puis j’ai attendu qu’il soit possible de discuter avec la personne en charge de l’accueil. Je trépignais un peu. Je visualisais beaucoup… dans ma tête, ça défilait : je suis venue exprès, comment ne serait-ce pas possible ?
« Ah mais le panneau, c’était pour la précédente visite ! »
Et mon cœur qui bondit de joie dans ma poitrine.

Cette maison, c’est celle d’Alexandra David-Néel, aventurière et écrivain. Et elle ne se visite qu’à des heures précises.
Quand j’ai lu sa biographie, offerte par mon amie Sophie Georges, parce que je l’avais mentionnée au moment où elle me préparait la mienne, je n’ai eu qu’une idée en tête – alors même que je lisais l’histoire de sa vie sans trop savoir pourquoi : aller à Digne voir cette maison !
A peine plus d’un an que ça me trotte dans la tête. Et hier sur un coup de tête, c’était parti.
Même pas peur des kilomètres, plus peur de ne pas être là où on m’attendait.

J’ai pris un café dans dans mon espace de coworking, en discutant avec ceux qui étaient là et alors même qu’ils me souhaitaient un bon déplacement à Paris, j’ai tourné la clé et démarré.
A Anse, je suis entrée dans un tabac-presse pour acheter une carte de France (j’adore les cartes IGN, tu voyages rien qu’en les regardant), sans GPS, sans prendre les autoroutes.

Partir, mais bien accompagnée !

Puis j’ai poussé la porte de l’église et j’ai demandé à Marie de m’apporter sa protection car franchement je ne savais pas où j’allais.

Et j’y suis allée. J’ai roulé. Le chemin que j’ai pris n’était pas direct. Mais il paraît que le chemin, c’est un peu déjà la destination. Le hasard (hum ?) m’a fait passer par la route des monts de mes premières traces en ski de rando.

Et je relis les mots d’Alexandra :

Ne jamais abandonner,
quelle que soit la nature de l’obstacle rencontré

Pourtant j’avais toutes les raison de le faire : je devais être à Paris le lendemain matin, mon mari ne savait pas où j’étais, c’est un beau budget en essence et péage, j’allais être en retard pour la 2ème et dernière visite de la journée… et puis je n’ai rien lâché. J’ai suivi mon étoile comme elle le dit si bien.

Marche à l’étoile, même si elle est trop haute.

Franchement, le conférencier était un érudit mais ça ne m’a pas spécialement intéressée de voir les objets qu’elle a ramenés, je ne suis pas passionnée par l’Asie pourtant si riche. Son périple. Non vraiment ce que j’ai vu, senti, aimé… les vieilles cartes, la table où elle écrivait, son fauteuil, sa maison… et le banc où je me suis assise, posée et où j’ai décidé.
De rentrer le soir même malgré les 4h de route. Envie de dormir dans mon lit, avec mon mari, pas loin de mes enfants.
Assumer de ne pas être à Paris le lendemain (cette décision a été dure à prendre… car je devenais ce que je n’accepte pas chez les autres, ne pas respecter son engagement).

Au dos de son livre, que j’avais avec moi, il est écrit, « tâche de ne jamais mentir ». Je dirai : tâche de ne jamais te mentir. Je crois que c’est ce que je suis venue chercher ici et maintenant.

Et c’était vraiment agréable. Même pas fatiguée par la route (ça veut dire que j’en suis capable moi qui dit toujours que je n’aime pas conduire).

Voilà j’y suis… et le voyage ne fait que commencer !

Et un magnifique cadeau au retour. Je ne suis pas rentrée par la même route. Du coup j’ai fait une boucle et me suis retrouvée à la tombée du jour au pied du Mont Aiguille. Souvenir de ma 1ère rando en raquettes sur le plateau du Vercors, en autonomie sur 5 jours, seule avec 3 autres gaillards bien plus endurants que moi, à se laver à l’eau froide entre autres.

La boucle est bouclée, Alexandra, et pourtant j’ai comme l’impression que tu as encore beaucoup à m’apprendre. Et moi je sens que j’ai quelque chose à accomplir pour moi, et non plus que pour les autres.

Avant de partir, mon moi rationnel ne savait pas combien il avait besoin de partir. J’ai laissé l’irrationnel agir.

Et je m’excuse auprès de ceux avec qui j’avais un engagement. Je vous ai laissé seuls simplement parce que si j’étais venue, je n’aurai pas été moi-même et je n’aurai pas pû partager mon énergie avec vous.

Alors, MERCI.

J’ai compris que j’aspirais à être libre.

Et vous, qu’avez-vous déjà fait d’aussi fort que vous ayez du mal à y croire ?

 

Merci pour vos partages 🙂
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